Nous étions au Ve siècle de l'ère chrétienne, et il fallait bien se rendre à l'évidence. Quatre millénaires d'une religion exceptionnelle se terminaient. A part la période Akhenaton, elle avait su fédérer tous les égyptiens sans accroc connu.

La merveilleuse Isis (a), qui incarnait à la fois le monde réel et le monde de l'au-delà, avait été nommée "gardienne de la mythologie égyptienne" par l'ensemble des dieux réunis en assemblée extraordinaire. Dix sept siècles après cet évènement majeur, elle s'illustrait encore dans des loges maçonniques, et avaient inspiré les milieux musicaux. Mozart l'avait sublimé dans "la flute enchantée", et Lully avait composé un opéra dont le titre était simplement "Isis". Elle était également implorée dans "Aida" de Verdi avec Ptah (b) le génial démiurge.

Quand le temps le permettait sur le plateau de Gizeh, Ra accompagné de sa fille Hathor perpétuait encore le miracle de la renaissance de la vie. Nous avions eu la chance d'assister à ce merveilleux spectacle (c) !

Pour le final, les dieux s'étaient tous regroupés aux champs d'Ialou avec les âmes des parfaits. Ils contemplaient avec satisfaction leur oeuvre depuis Narmer et même bien avant. Ils estimaient que l'ensablement des temples pouvait alors commencer ! Dès lors, les textes hiéroglyphiques resteraient muets pendant 15 siècles.

Au chapitre 110 du livre des Morts, le défunt apparait dans les champs d'Ialou (1), appelé également suivant la traduction hiéroglyphique : "Champs Iaru", ou "Champs de la Paix", ou "Champs des Bienheureux." C'était un endroit habité par les âmes des morts qui avaient réussis toutes les épreuves pour parvenir dans l'au-delà. Avec quelques nuances tout de même, il est possible d'établir une similitude avec les îles bienheureuses des Grecs ou le Walhalla dans les religions germano-scandinave.

Livre des morts (d) du scribe Nebqed, règne d'Aménophis III (1 391-1 353 avant J-C), XVIIIe dynastie. Le papyrus mesure 6,30 mètres de long.

DSC01392

Photo de l'auteur - Musée du Louvre

Après cette tragique disparition, Champollion, Mariette et beaucoup d'autres historiens et archéologues rouvriront le merveilleux livre de l'Antiquité Egyptienne, les temples seront dégagés, et les musées se rempliront de souvenirs extraordinaires.

La nouvelle religion

Les nouvelles allaient vite. Un enfant nommé Jésus venait de naître à Nazareth en Galilée. L'évènement se passait le 25 décembre de l'an 753 de l'ère romaine ou de l'an 1 de l'ère chrétienne. Les spécialistes ne sont toujours pas d'accord sur la date exacte, mais peu importe, laissons les travailler !

Au milieu du 1er siècle, l'ancienne tradition copte attribue la naissance du christianisme égyptien à la venue en Égypte de la Sainte Famille fuyant le roi Hérode. Le pays est christianisé par Marc qui fonde l'église d'Alexandrie. Il y mourra en martyr vers 66. Plus tard, Septime Sévère promulgue en 202, un édit interdisant le prosélytisme juif ou chrétien dans tout l'empire romain. Des persécutions sanglantes s'en suivront. Avec l'Édit de Milan en 313, l'empereur Constantin accorde la tolérance des religions pour tous.

 


Notes

(a) voir dans ce blog "Isis, dame de Philae" 

(b) voir dans ce blog "Memphis, la résidence de Ptah"

(c) voir dans ce blog "Gizeh, nécropole royale"


Documentation

(1) Grégoire KOLPAKTCHY, Livre des morts des anciens égyptiens, éditions J'ai Lu 


Cet article ne signifie pas la fin du blog, mais la fin d'une époque.

D'autres voyages en Égypte sont prévus. De nouveaux articles et photos s'insèreront alors dans ce blog.