Hé bien non, je ne commencerai pas cette nouvelle chronique par le traditionnel « Ce matin là ... » car je réserve cette expression à des sites que j'ai eu l'honneur et le plaisir de visiter. Ce n'est malheureusement pas le cas du Sérapéum, mais je ne désespère pas de réaliser ce rêve un jour. Dans la nécropole de Saqqarah, à part l'ensemble mortuaire du roi Djoser et peut être un ou deux autres sites, tout est fermé à la visite, y compris le fameux Sérapéum, nécropole collective des taureaux Apis appelé également Mnévis par Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre I, XXI(1). Plaisent aux Dieux de l'Égypte que nous puissions un jour admirer les trésors que renferme ce lieu magique.

Le Sérapéum est le nom donné par les Grecs d'Égypte aux temples de Sérapis, divinité crée sous Ptolémée I, premier pharaon de la dynastie lagide. Ce nouveau dieu gréco-égyptien rassemble des divinités grecques, Apis et Osiris. Par la suite Auguste Mariette et ses successeurs l'ont utilisé pour qualifier la nécropole des taureaux sacrés de Memphis. Selon les sources, le Sérapéum aurait été construit et inauguré sous Amenhotep III (1387-1350 avant J-C.), Y en avait-il un autre au par avant ? C'est possible, mais il reste à découvrir. Celui-ci aurait fonctionné jusque vers la fin des Ptolémées.

L'entrée du Sérapéum

 

L_entr_e_du_S_rap_um

Photo Wikipédia 

Le culte du taureau Les peintures rupestres retrouvées dans les grottes de plusieurs pays du monde attestent du culte du taureau. Pendant plus de 15 000 ans jusqu'à la période romaine de notre ère, il aurait incarné pour l'homme la puissance physique et guerrière ainsi que la fécondité. En Égypte, les pharaons étaient étroitement associés à ces symboles. Dans la Titulature des Rois, le "Nom d'Horus" est la plupart du temps associé au Taureau.

Quand Apis se réincarne en Apis - Le jeune taureau n'était pas choisi au hasard. Il devait répondre à des critères très précis. Des prêtres spécialement formés parcouraient le pays à sa recherche. Strabon (2) parle de sa visite au Sérapéum et décrit cet Apis dans son ouvrage Géographie, XVII, 1, 31-32 : "Le bœuf Apis n'a de blanc que le front et quelques autres places encore, d'ailleurs il est tout noir, et ce sont là les signes d'après lesquels, à la mort du titulaire, on choisit le successeur." J'ai lu que l'on attribuait également à Hérodote des informations sur l'animal, mais sans jamais donner de références. Je n'ai encore rien trouvé à ce jour.

Ainsi reconnu, le nouvel Apis est acheminé avec sa mère à Memphis, patrie de Ptah. Il est aussitôt pris en charge par des prêtres spécialement chargés de son service et du culte qui lui est voué. Il bénéficie d'un enclos luxueux et d'une nourriture sélectionnée. La légende veut qu'à sa mort l'Apis se réincarne dans l'un de ses congénères. Apis est considéré comme la manifestation vivante de Ptah. Il est représenté généralement coiffé du disque solaire et parfois du cobra royal quand le dieu et le pharaon ne forment qu'un.

Tout comme pour le pharaon, la disparition d'un Apis provoque une émotion populaire considérable qui dépasse les frontières du pays. Les prêtres décrétaient un deuil de 70 jours, temps utilisé, en plus des prières, pour les opérations d'embaumement, la préparation de la cérémonie d'inhumation et de la recherche d'un nouvel Apis.

Le_taureau_Apis___R_gne_de_Nectan_bo_Ier__379_341_av

Musée du Louvre - Photo de l'auteur

Cette statue a été découverte par Auguste Mariette en 1851 dans l'une des nombreuses chapelles bordant la longue voie processionnelle menant aux catacombes des Apis - Règne de Nectanébo Ier (378-341 av.J-C) XXXe dynastie. La statue portait des traces de peintures sur le front et sur le dos.

Le prêtre et l'archéologue - Khâemouaset ou Khâ-em-Ouaset est le quatrième fils de Ramsès II et le deuxième de la seconde grande épouse royale Isisnefret. Il est fait « prêtre sem » de Ptah chargé du culte des taureaux sacrés. C'est un érudit et un lettré. Il fait restaurer également les pyramides de l'ancien régime.

Il fait aménager le Sérapéum de Saqqarah en faisant creuser des galeries où chaque Apis aura son propre caveau inséré dans une niche spécialement adaptée. En 1841, l'égyptologue français Auguste Mariette sort de l'ombre ce haut lieu de la religion égyptienne. Sa stupeur est grande quand il découvre la tombe de Khâemouaset au milieu de tous les caveaux d'Apis. Les chercheurs d'aujourd'hui apportent de nouvelles explications. Alors attendons le verdict final des experts.

Masque mortuaire en or trouvé à Saqqarah sur la momie attribuée au prince Khâemouaset - XIXe dynastie 

Kh_emouaset

Musée du Louvre - Photo Wikipédia

 

Accès au Sérapéum - Le jour de la cérémonie d'inhumation, un long défilé de prêtres et de personnalités venu de Memphis escortait la dépouille de l'Apis décédé. Arrivé au pied du plateau de Saqqara, le cortège s'engageait sur l'immense allée jusqu'à la dernière demeure des Apis. Le prêtre-sem revêtu de la peau de guépard présidait la cérémonie. A l'arrière, tout comme pour l'inhumation des rois, les vases canopes et du mobilier funéraire sont acheminés par d'autres porteurs. Le convoi longeait les ensembles funéraires de Djoser, Ounas et Ouserkaf d'un côté et de Téti de l'autre. Des chapelles et ex-voto bordaient l'allée. Arrivée en vue du Sérapéum, la cortège s'engagait sur un dromos où des sphinx semblaient faire une haie d'honneur à l'Apis défunt.

sphinx

Musée du Louvre - Photo de l'auteur

6 des 141 sphinx découverts par Auguste Mariette le 11 février 1851. Ils  bordaient l'allée menant au Sérapeum - IVe ou IIIe siècle avant J-C. - début époque ptolémaïque

Lion_qui_gardait_l_entr_e_d_une_chapelle_du_Serap_um_de_Saqqara_3

Lion_qui_gardait_l_entr_e_d_une_chapelle_du_Serap_um_de_Saqqara_2

Musée du Louvre - Photos de l'auteur

Lions  qui gardaient l'entrée d'une chapelle du Sérapéum - Règne de Nectanébo I (378-361 av.J-C) - XXXe dynastie

Le_dieu_B_s_2

Musée du Louvre - Photo de l'auteur

Le dieu Bès trouvé dans un petit temple au bout de l'allée menant au Sérapéum - XXXe dynastie, 379-341 av.J-C. Découverte par Auguste Mariette en 1851, la statue se trouvait dans la cour du temple dédié à Apis par le roi Nectanébo II, au sud du Sérapéum. Malgré son aspect peu engageant, il était en fait le bon génie du foyer, de la musique et des femmes enceintes sur lesquelles il veillait jusqu'à l'accouchement.

Le_Scribe_accroupi_1

Le_Scribe_accroupi_2

Musée du Louvre - Photos de l'auteur 

Le Scribe accroupi ou plutôt assis en tailleur (h = 53,70 cm) - Ancien Empire, IVe dynastie environ, vers 2620-2500 av J.-C - Trouvé au nord de l'allée de sphinx du Sérapéum - C'est l'un des inconnus les plus célèbres des salles égyptiennes du musée du Louvre. On ne connait rien sur son identité, ni sur l'artiste qui la façonné. Il est absolument splendide.

Intérieur du Sérapéum - Ce sujet est remarquablement traité sur le site des "Amis de l'Égypte ancienne". Je rajouterai seulement quelques photos prises par mes soins au Musée du Louvre.

Entre 900 et 100 avant J-C, de la XXIIe dynastie à l'époque ptolémaïque, des centaines de stèles dédiées au dieu Apis par des particuliers sont scellées dans les murs des couloirs du Sérapéum. 

DSC01442

Musée du Louvre - Photos de l'auteur

DSC01438

Musée du Louvre - Photos de l'auteur

Vases canopes des taureaux Apis dont les bouchons sont à l'effigie de pharaons du Nouvel Empire.

DSC01443

Musée du Louvre - Photos de l'auteur

Autres nécropoles animalières

 

  • Les Taureaux : le Sérapéum d'Alexandrie  construit sous Ptolémée III.
  • Les Ibis et les babouins : pendant un temps, Tuna el-Gebel était connu par les Grecs sous le nom d'Hermopolis
  • Les Chats : Bubastis : Ville du Delta égyptien où était adorée la déesse chatte Bastet  D'autres dépouilles de chats embaumés ont été retrouvées dans différents endroits notamment à Alexandrie.
  • Les Crocodiles : Médinet el-Fayoum connu sous le nom grec de Crocodilopolis est une ville située sur les bords du Nil au sud ouest de Memphis. Des momies de crocodiles par centaines ont été découvertes également dans des tombes non loin d'El-Armana au lieu dit "Grotte des Crocodiles".
  • Les Béliers : Dans l'île d'Éléphantine une nécropole de bélier sacré à été retrouvée par les archéologues

 


Ouvrage de référence

" Le culte du Taureau, de La préhistoire aux corridas espagnoles " de J.R.Conrad chez Payot

Article de presse

"L'au-delà 4 étoiles pour les animaux de l'Égypte ancienne" de Caroline Lepage dans le magazine internet Futura-Sciences : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/vie-1/d/lau-dela-4-etoiles-pour-les-animaux-de-legypte-ancienne_4371/

Sites ou blogs remarquables

  • Blog "What's new? Feed" du Docteur Zahi Hawass, Secrétaire Général du Conseil suprême des Antiquités d'Égypte et Directeur des fouilles du plateau de Guizeh – Sa chronique du 26/06/2009 qui a pour titre " Saving the Serapeum ". http://www.drhawass.com/blog/saving-serapeum

 


(1) Diodore de Sicile, historien et chroniqueur grec du Ier siècle avant J-C, est né à Agynum en Sicile. Il est l'auteur de la Bibliothèque historique. Cet ouvrage se compose de 40 livres dont 15 seulement nous sont parvenus. Le livre I est consacré à l'Égypte.

(2) Strabon, historien géographe et philosophe grec, est né en Cappadoce (Turquie actuelle) en 58 avant J-C, et décédé entre 21 et 25 après J-C. Il rédigea une Histoire en 43 volumes. Malheureusement aucun ne nous est parvenu. Puis il entreprit la rédaction d'une Géographie en 17 volumes qui nous est parvenu, exception faite d'une partie du livre VII. A noter que l'Égypte figure dans le livre XVII.


Dernière minute

20 septembre 2012 réouverture du sérapéum après plusieurs moi de travaux.

EN PERPÉTUELLE CONSTRUCTION !